Sans foi ni loi

CITATION DE MACHIAVEL

« On doit bien comprendre qu’il n’est pas possible à un prince, et surtout à un prince nouveau, d’observer dans sa conduite tout ce qui fait que les hommes sont réputés gens de bien, et qu’il est souvent obligé, pour maintenir l’État, d’agir contre l’humanité, contre la charité, contre la religion même. »
MACHIAVEL, Le Prince, chap. XVIII.

AUTREMENT DIT

Aussi longtemps que son pouvoir est fermement établi, le prince a tout intérêt à se montrer magnanime et à suivre les préceptes de la morale et de la religion. Mais si plane la menace d'une sédition, ou si se lève un vent de désobéissance parmi ses troupes, il sera tout à fait fondé à punir les récalcitrants d'une main de fer. Ainsi, « quand il s’agit de contenir ses sujets dans l’union et la fidélité », le souverain ne doit pas hésiter à employer la manière forte, quitte à s'écarter de la voie du bien (par la violence ou la fourberie). Ce qui ne saurait manquer d'arriver au début de son règne, quand la crainte ne retient pas encore ses sujets. Ce faisant, il faut bien voir qu'il épargne des vies : mieux vaut faire périr pour l'exemple quelques particuliers (avec une férocité que nul n'oubliera) que de laisser toute une nation à feu et à sang, parce qu'on redoute de passer pour un homme cruel.

LE CÔTÉ OBSCUR DE LA FORCE

Le cynisme de Machiavel a de quoi choquer. Ne dit-il pas ici qu'un chef d'État n'est tenu par aucune loi, par aucune règle, pas même par le respect dû à la personne humaine, dès lors que l'unité nationale est menacée ? Pourtant, diplomate au service de la République florentine, Machiavel sait de quoi il parle. C'est en réaliste, et non en idéaliste, qu'il décrypte les mécanismes du pouvoir. Son ouvrage part des hommes tels qu'ils sont (fourbes, ingrats, crédules, etc.), et non tels qu'ils devraient être. En ce sens, Le Prince fait figure, depuis sa parution (1532), de manuel à l'usage des politiques. Un manuel dont en vérité la lecture sera profitable à tout un chacun. On y apprend en effet que la raison d'État dicte les pires abominations, quelle que soit l'aura dont sait s'entourer le prince.

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