Plaisantes images

Citation d’Aristote

« Nous prenons plaisir à contempler les figurations, réalisées avec la plus grande exactitude, de choses qui, pour elles-mêmes, sont pénibles à voir, comme c’est le cas de l’apparence extérieure d’animaux particulièrement ignobles ou de cadavres. »
ARISTOTE, Poétique, chap. 4.

Autrement dit

Non seulement la tendance à imiter est inscrite dans la nature humaine (les jeux des enfants en témoignent), mais également le plaisir que nous prenons à contempler les produits de l’imitation, comme les images peintes. Ainsi, la représentation fidèle d’un animal horrible ou répugnant nous procure du plaisir, alors que dans la réalité, la vision du même animal nous soulèverait le cœur. Tel est le pouvoir de l’image : située sur un autre plan que le réel, celle-ci nous permet de contempler, voire de saisir la beauté de l’immonde modèle (un cadavre, par exemple), tout en nous épargnant les sensations insupportables que nous ne manquerions pas d’éprouver si nous étions vraiment en sa présence. Une façon aussi d’apprivoiser nos craintes et nos répulsions…

Gore ou Pythagore ?

Au livre X de La République, Platon avait disqualifié l’image peinte, accusée de n’avoir qu’un lointain rapport avec le vrai. Car non seulement le peintre imite les apparences (lesquelles ne sont que les reflets changeants des formes immuables), mais il n’en copie qu’un maigre fragment (les apparences saisies sous un certain angle, dans une certaine lumière, à une certaine distance, etc.). Mais c’est méconnaître, pour Aristote, la valeur cognitive de l’image. En la regardant j’apprends, et cet apprentissage, délesté des dangers et des désagréments du réel, est pour moi source de plaisir. Sans les explications du savant, les enseignements que nous livrent les productions figuratives sont toutefois bien limités, et l’on hésiterait certainement à confier son corps à un homme qui aurait appris la médecine dans des livres d’images !

Comments: