Morts-vivants

Citation d’Héraclite

« Même chose ce qui vit et ce qui est mort, ce qui est éveillé et ce qui dort, ce qui est jeune et ce qui est vieux; car le changement de l’un donne l’autre, et réciproquement. »
HÉRACLITE d’Éphèse, Fragments.

Autrement dit

Ce n’est qu’en apparence que vie et mort s’opposent. Comme le jour et la nuit, ces deux états s’engendrent mutuellement le long d’une chaîne qui ne connaît pas de fin. Sitôt sorti du ventre maternel, je suis assez vieux pour mourir. Et mort, je survis à travers ma descendance, elle-même issue de ma propre chair. La mort n'est donc pas destruction de la vie, comme on le croit faussement, mais promesse de vie. Selon le logos divin qui gouverne toutes choses, seule existe la succession ininterrompue des générations. Endormi, je serai bientôt éveillé; éveillé, je serai bientôt endormi. Les contraires sont unis au sein d’une réalité supérieure que seul le sage peut embrasser. Aussi est-il absurde de nous affliger parce que nous sommes mortels, ou de nous targuer d’une jeunesse qui bientôt passera comme tout le reste…

Faux pas pousser !

Pour le penseur du devenir qu’est Héraclite, vie et mort ne sont que des étapes sur un unique chemin. De fait, la mort est bel et bien inscrite au cœur de nos cellules (apoptose) et cette finitude est sans doute la condition même de la vie. Comme un flambeau que m’auraient légué mes parents, cette vie qui m’a été donnée (sans que j’en aie fait la demande), je dois me tenir prêt à la rendre pour qu’après moi, de nouvelles générations voient le jour. S’y résoudre n’est pourtant pas chose facile : j’aimerais pouvoir jouir de la vie le plus longtemps possible. Car j’ai beau me convaincre, avec le sage d’Éphèse, que vivant je suis aussi mourant, il n’y a nul empressement de ma part à atteindre un état qui ne me permettra plus de m’en étonner ou, paradoxalement, de m’en réjouir.

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