L'homme libre

CITATION D'ÉPICTÈTE

« Puisque l'homme libre est celui à qui tout arrive comme il le désire, me dit un fou, je veux aussi que tout m'arrive comme il me plaît. — Eh ! mon ami, la folie et la liberté ne se trouvent jamais ensemble. La liberté est une chose non seulement très belle, mais très raisonnable, et il n'y a rien de plus absurde ni de plus déraisonnable que de former des désirs téméraires et de vouloir que les choses arrivent comme nous les avons pensées. […] Non, mon ami : la liberté consiste à vouloir que les choses arrivent, non comme il te plaît, mais comme elles arrivent. »
ÉPICTÈTE, Entretiens, livre I, chapitre 12.

AUTREMENT DIT

Il faut être fou pour penser que la liberté consiste à s'affranchir de l'ordre des choses et à vouloir que la réalité se plie à ses désirs. Fou et ignorant, car ce n'est pas nous qui décidons de notre sort (l'un naît esclave, l'autre empereur), mais bien la Providence qui ordonne toutes choses avec sagesse. Or, la raison que nous ont léguée les dieux nous permet d'affermir chaque jour davantage notre volonté, jusqu'à ce que, épousant les décrets de la Providence, celle-ci ne rencontre plus aucun obstacle ni aucune entrave. Ainsi, nul n'est plus libre que celui qui veut que les choses arrivent exactement comme elles arrivent. Parvenu à la sagesse, cet homme n'est agité ni par la crainte, ni par le ressentiment. Même réduit en esclavage, battu, mis à mort, il conserve la maîtrise de sa volonté — cette absolue liberté qui fait de lui l'égal des dieux.

ÉPICTÈTE À CLAQUES

On l'aura compris : la liberté, vue par Épictète, est tout sauf licence, tout sauf le pouvoir de faire ce qui nous plaît. S'appuyant sur la célèbre distinction entre les choses qui dépendent de nous et celles qui n'en dépendent pas, le stoïcien souligne combien il est déraisonnable de vouloir changer ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, nos biens, les autres, etc.). En revanche, il est en nous une faculté qui ne peut être empêchée, et c'est précisément la volonté. D'où cette curieuse conception de la liberté comme assentiment à ce qui est. Sans doute cette doctrine est-elle adaptée aux temps de crise (où l'on sait d'avance que toute attente sera déçue); mais elle oublie que l'homme libre est avant tout celui qui dit non à ce qu'on lui présente comme une fatalité (l'injustice, la pauvreté, la guerre), celui qui, à l'inverse du sage stoïcien, refuse de se résigner et de tendre l'autre joue…

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