DIEU FAINÉANT

Citation d'Augustin

« Je dis, ô mon Dieu, que vous êtes le père de toute créature, et s’il faut entendre toute créature par ces noms du ciel et de la terre, je le déclare hautement : avant de créer le ciel et la terre, Dieu ne faisait rien. Car ce qu’il eût pu faire alors, ne saurait être que créature. »
AUGUSTIN, Les Confessions, livre XI.

Autrement dit

La question de savoir ce que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre ne doit pas être prise à la légère, car elle témoigne d'une confusion entre le temps dans lequel s'inscrit l'existence des hommes, soumise aux vicissitudes du devenir, et l'immobile éternité du Dieu créateur. Ce temps dont nous savons si bien mesurer la fuite, Dieu l'inaugure, si l'on peut dire, en même temps qu'il fait le monde. Le temps commence donc avec la création, et avec lui les notions d'avant et d'après (de passé et de futur). Pour Dieu en revanche, il n'y a ni passé, ni avenir : son existence s'inscrit dans un éternel présent que notre intelligence bornée peine à saisir. Naïf est donc celui qui s'étonne que Dieu ait pu laisser s'écouler « un océan d’âges infinis » avant de créer le monde. Aucun temps, aucun changement, aucune action — et a fortiori aucun faire — ne préexiste à la création du monde par Dieu.

Once upon a time

Pour les croyants comme pour les non-croyants, la problème posé par saint Augustin a le mérite de questionner les limites de notre intelligence. En effet, que l'univers, tel que nous le connaissons, soit né d'un Grand Boum cosmique (le fameux Big Bang) ou de la volonté divine, la question de son origine relève peut-être pour nous de l'impensable. Comme le montrera plus tard Kant, je ne peux faire l'expérience d'aucun objet en dehors de l'espace et du temps. Je peux bien concevoir un laps de temps pendant lequel ne se produirait aucune action, mais pas une action qui se produirait en dehors du temps. Dans la mesure où, pour nous, exister, c'est être dans le temps, la question de l'avant l'origine de toutes choses (autrement dit, d'un temps précédant le temps) est vide de sens. Il s'agit aussi, pour le théologien, de souligner la transcendance de Dieu et, en creux, l'impuissance de l'homme, créature qui ne peut rien créer ex nihilo.

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